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 PROGRAMME DE TERMINALE S (Histoire et Géographie)

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MessageSujet: PROGRAMME DE TERMINALE S (Histoire et Géographie)   Jeu 15 Mar 2007, 10:14

HISTOIRE - CLASSE DE TERMINALE S
Le monde contemporain (II)
I - Les relations internationales depuis 1945 (12h)
1 - La guerre froide (1947-1991) On analyse les caractéristiques majeures de la guerre froide et on réfléchit à sa périodisation. On intègre dans cette étude la présentation des modèles soviétique et américain.
2 - Le nouvel ordre mondial La disparition de l’Union soviétique met un terme à la guerre froide. Les Etats-Unis s’imposent, non sans contestations, comme l’unique superpuissance. À partir de la fin des années 1970, l’affirmation de l’islamisme, sous différentes formes, constitue un autre fait majeur. Ces profonds bouleversements façonnent le monde actuel.
II - Colonisation et indépendance (8h)
1 - La colonisation européenne Ce thème englobe la période qui va du milieu du XIXe siècle aux années 1960 et le système colonial Il permet d’étudier un phénomène majeur de l’histoire humaine sinon dans sa totalité, du moins sur une durée significative.
2 - La décolonisation et ses conséquences On présente les grands traits des conquêtes coloniales, l’organisation des empires, les modalités de la présence et de l’influence européennes, les modes d’exploitation économique. On analyse l’émancipation des peuples dominés, les difficultés économiques et sociales auxquelles les États nouvellement indépendants sont confrontés et leurs tentatives d’organisation pour obtenir un poids accru dans les relations internationales.
III - La France de la Ve République (12h)
1 - Un nouveau système républicain La Ve République réaffirme le principe de la souveraineté nationale et instaure un nouvel équilibre entre les pouvoirs ; la constitution s’attache à une séparation entre l’exécutif et le législatif, attribue la primauté au premier et encadre l’activité du second.
Après avoir rappelé ces caractéristiques, on montre que le système né en 1958 a évolué du fait des pratiques des acteurs, du contexte d’ensemble (cadre économique, rôle attribué à l’État, ...) et des choix électoraux.
2 - Économie, société, culture On met l’accent sur les mutations des structures économiques et sociales. On analyse l’évolution de la population, des modes de vie, des pratiques culturelles et des croyances.
3 - La France dans le monde On présente les constantes de la politique étrangère, le rôle de la France dans les institutions internationales et sa place dans les échanges mondiaux, les formes de la présence française dans le monde.

GÉOGRAPHIE - CLASSE DE TERMINALE S
L’espace mondial
L’étude de l’espace mondial ne peut être exhaustive. Elle propose de privilégier des approches à plusieurs échelles.
Dans une première partie, l’étude de l’espace mondialisé veut faire comprendre le monde d’aujourd’hui, marqué par un inégal développement et par le processus de mondialisation qui crée de nouvelles interdépendances mais qui ne recouvre pas tous les aspects de l’organisation géographique du monde. Dans ce contexte, l’importance économique de l’Union européenne est évoquée.
Une deuxième et une troisième parties visent à décrire deux des trois grandes aires de puissance dans le monde, les États-Unis et l’Asie orientale.
Une aire de puissance peut être définie comme un espace géographique constitué d’un ensemble d’États ou de régions qui, par son poids économique, par son rôle de centre d’impulsion de l’économie mondiale, éventuellement par son poids démographique, son influence politique, militaire ou culturelle occupe une place prépondérante dans l’organisation géographique du monde. Les deux grandes aires de puissance sont analysées non seulement pour elles-mêmes mais sous l’angle de leur place dans le monde. Les problématiques d’étude sont fonction des caractères spécifiques de chaque aire de puissance. Dans les deux cas, elles font place à des échelles d’analyse complémentaire :
échelle globale de l’aire de puissance ou de l’État, échelle régionale.
La quatrième partie traite de l’interface Nord/Sud au travers de l’exemple méditerranéen.
I - Un espace mondialisé (10h)
1 - Les centres d’impulsion et les inégalités L’espace mondialisé est dominé par trois grands centres d’impulsion, dont l’Union de développement européenne qui fait ici l’objet d’une prise en compte particulière. On insiste aussi sur l’intensité des réseaux d’échanges qui relient ces trois centres d’impulsion. L’inégal développement laisse en marge le reste du monde, lui-même très diversifié.
2 - D’autres logiques d’organisation La mondialisation est l’objet de débats concernant ses modalités de mise en oeuvre, de l’espace mondial sa relation avec la question du développement et avec les enjeux environnementaux. Par ailleurs, le processus de mondialisation ne constitue pas la seule clé de lecture du monde. D’autres logiques d’organisation du monde se juxtaposent et interfèrent : les aires de civilisation (cultures, langues, religions), les États, les organisations économiques régionales.
II - Les États-Unis (8h)
1 - La superpuissance des États-Unis La superpuissance des États-Unis est décrite dans ses différents aspects (économique, financier, culturel, diplomatique et militaire). On prend en compte l’inscription de cette puissance dans l’espace mondial. On étudie l’organisation du territoire des États-Unis.
2 - La façade atlantique des États-Unis L’exemple de la façade atlantique des États-Unis permet de présenter l’originalité de l’organisation de son espace et quelques aspects de son ouverture au monde.
III - L’Asie orientale (8h)
1 - Une aire de puissance en expansion La puissance de l’Asie orientale vient d’abord de son poids démographique. Bien que marquée par une grande diversité des systèmes politiques, des niveaux de vie, des activités économiques, cette aire de puissance trouve un élément d’unité dans son dynamisme. Elle comprend le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, la Chine littorale et Singapour. Il s’agit donc d’une aire multipolaire animée par des échanges commerciaux, des réseaux d’entreprises et des investissements croisés. On l’étudie ici globalement.
2 - La mégalopole japonaise La mégalopole japonaise fait l’objet d’une étude spécifique. Dominée par Tokyo, ville mondiale, elle concentre l’essentiel de la population et des activités économiques du Japon. Elle est en relation avec l’Asie orientale et le monde. Les fortes densités et les contraintes naturelles confèrent une importance particulière aux questions d’environnement.
IV - Une interface Nord/Sud : La Méditerranée constitue un espace de clivage en même temps que de contacts entre
l’espace méditerranéen (6h) les pays du Nord et ceux du Sud. Dans ce cadre géographique, on étudie les écarts de développement, la mobilité des hommes (migrations, déplacements touristiques), les échanges économiques, financiers et culturels. En s’appuyant sur quelques exemples, on montre les effets de ces phénomènes sur les sociétés et les territoires.


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MessageSujet: Re: PROGRAMME DE TERMINALE S (Histoire et Géographie)   Jeu 15 Mar 2007, 10:15

Très imbriqué avec le programme de Première, il est à l'origine présenté avec lui.
En cliquant ici, on retrouve l'intégralité du programme.


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MessageSujet: Re: PROGRAMME DE TERMINALE S (Histoire et Géographie)   Jeu 15 Mar 2007, 10:26

Pour orienter les préparations des enseignants, il existe ce que l'on appelle des documents d'accompagnement. J'ai choisi de les mettre en ligne directement, sans lien vers d'autres sites suite à des déboires passés avec des liens qui ne fonctionnaient pas. On perd en présentation mais on gagne en sécurité.
Présentés en citation, on trouve les définitions des notions les plus importantes qui font parfois débat au sein de notre communauté. Pour le reste, ces documents sont postés en plusieurs fois au regard de leur longueur.


DOCUMENTS D'ACCOMPAGNEMENT EN GEOGRAPHIE... (post 1/3)

Série S


Commentaires des thèmes d’étude de géographie
L’espace mondial

Un espace mondialisé (10 h.)

L’espace mondial doit être étudié dans la globalité de ses relations, et non comme un ensemble de parties indépendantes les unes des autres.
La géographie, sans négliger ses aspects économiques et sociologiques, analyse la dimension spatiale du processus de mondialisation.

Citation:
Mondialisation
La mondialisation est à appréhender comme un processus .
Elle constitue une mise en relation des différentes composantes du monde, d’ensembles géographiques et d’acteurs différents qui s’articulent en système.
Elle est le fruit de nouvelles interdépendances entre des acteurs multiples.
Elle se déploie sur la planète à la fois dans le champ de l’international — c'est-à-dire des relations entre Etats — et dans celui du transnational qui, à l’inverse, se joue des frontières. Elle place ainsi sur la scène mondiale des acteurs non étatiques qui sont en relation entre eux et qui sont en relation d’interdépendance avec les Etats. Les interventions des différents acteurs se croisent, se combattent, s’additionnent et forment des réseaux. Ces réseaux associent des axes (des routes, des lignes téléphoniques etc.) et des éléments nodaux (des villes) nécessaires à l’organisation des flux (de personnes, de marchandises, de capitaux, d’informations, de valeurs).


Les centres d’impulsion et les inégalités de développement (5-6 h.)
La mondialisation est asymétrique du fait de l’inégalité entre les centres d’impulsion qui focalisent l’essentiel de la vitalité économique mondiale et les différents espaces périphériques.
On présente ici la mondialisation en insistant sur sa dimension spatiale, marquée par la prépondérance de trois centres d’impulsion (Amérique du Nord, Union européenne, Japon) qui assurent 70 % de la production mondiale. Ils dominent, selon des modalités différentes, leurs périphéries proches. De la même façon, on souligne l’accentuation des flux mondiaux, sans entrer dans une présentation exhaustive des différents types de flux, mais en soulignant particulièrement les échanges massifs entre les trois centres (80 % du commerce mondial s’y effectuent).
Dans cet ensemble, la puissance économique de l’Union européenne apparaît comme spécifique, notamment du fait de son caractère multiétatique et fait ici l’objet d’une prise en compte particulière, d’autant plus qu’elle ne fait pas l’objet d’un thème d’étude spécifique dans la deuxième partie du programme de la série S. Premier pôle commercial mondial, l’Union européenne s’oriente vers une structure de plus en plus intégrée disposant notamment d’une monnaie commune, l’Euro, depuis 1999.

Face à l’hégémonie de ces centres d’impulsion, plusieurs régions du monde restent en marge à des degrés divers. À l’échelle mondiale, l’inégal développement et la diversité des Sud peuvent se mesurer à l’aide de quelques indicateurs cartographiables. Globalement l’Asie et l’Amérique latine sont entrées dans une dynamique de croissance. Aux nouveaux pays industriels des années 1970 engagés dans la voie du développement — pays d’Asie orientale (Corée du Sud, Singapour, Taïwan) et pays d’Amérique latine (Brésil, Mexique) —, se sont ajoutés dans les années 1990 les deux géants d’Asie — Inde et Chine. L’Afrique subsaharienne est restée en marge de cette dynamique : le niveau de vie stagne depuis 50 ans, les PNB sont très faibles, sa part dans les échanges mondiaux ne cesse de diminuer. Au-delà de cette typologie spatiale, déjà présentée en classe de seconde, on s’intéressera à quelques manifestations concrètes, envisagées à différentes échelles, des retards de développement, par exemple : l’accès insuffisant à l’éducation, à l’eau potable, aux soins ; la pauvreté de masse liée notamment au sous-emploi,…

D’autres logiques d’organisation de l’espace mondial (4-5 h.)
La mondialisation est un processus inachevé et discuté qui ne peut rendre compte à lui seul de l’organisation géographique du monde.

Les caractères de la mondialisation, loin de susciter une unanimité, font débat.
La mondialisation produit dans un même mouvement de l’homogénéisation (modes de consommation et de production, circulation de l'information et production culturelle et scientifique…) et de la différenciation. Est-elle pour autant à l’origine de l’accroissement des inégalités dans le monde ?
La question du développement inégal (voir encadré Développement) demeure une donnée essentielle de l’organisation géographique du monde soulignée par la montée en puissance des mouvements altermondialistes.
De la même façon, la thématique du développement durable ne cesse de se renforcer. Les débats sur les problèmes environnementaux (réchauffement de la planète, désertification, épuisement de certaines ressources, questions sanitaires et sociales…) prennent une ampleur inédite du fait des nouvelles interdépendances tissées par la mondialisation. Les sommets de Rio (1992), Kyoto (1997) ou Johannesburg (2002) illustrent le développement d’une conscience écologique internationale qui commence à peser sur les termes du débat. Des régulations plus solidaires (action des organismes internationaux, des organisations non gouvernementales, d’associations citoyennes, …) mais de portée inégale, cherchent à se mettre en place pour répondre aux exigences du développement durable à l’échelle planétaire.

D’autres grilles de lecture et de logiques d’organisation du monde coexistent.
- Les différentes cultures, langues et religions dessinent de grandes aires de civilisation à l'échelle mondiale. Cette multiplicité des aires culturelles est source de richesses mais les inégalités entre les aires et des systèmes de représentation antagonistes peuvent aussi conduire à des replis et des conflits identitaires.

Citation:
Aire de civilisation
Utilisé longtemps au singulier pour désigner le troisième stade (faisant suite à la « sauvagerie » et à la « barbarie ») d’une vision cyclique de l’humanité soutenue par des philosophes du XIXe siècle, le mot civilisation est employé aujourd’hui au pluriel pour souligner la pluralité, la coexistence et l’égale dignité des civilisations.
Une aire de civilisation est une entité géographique qui regroupe des espaces occupés par une civilisation donnée. Notion difficile à appréhender, elle peut toutefois être considérée comme un espace culturel fondé sur un ensemble de caractères matériels, moraux, religieux, linguistiques, artistiques et sociaux communs à une société ou à un groupe de sociétés. Une aire de civilisation ne peut donc pas s’identifier à un seul trait culturel.
L’aire de civilisation est un produit de l’histoire, s’inscrivant dans le temps long, mais aussi un objet dynamique. Ainsi les aires de civilisations peuvent être plus vastes que leur foyer originel, avoir des frontières mouvantes, s’interpénétrer, se développer en des lieux discontinus. De plus sur un même espace peuvent cohabiter plusieurs civilisations. Des groupes sociaux mêlent ainsi des traits culturels empruntés à des civilisations différentes.


- Le développement des interdépendances et des acteurs transnationaux pose la question de la pertinence de l’Etat. La mondialisation conteste-t-elle la souveraineté des Etats ?
Dans le cadre de l’économie internationale, les principales entités demeurent les économies nationales. Les réseaux restent dépendants de l’existence de frontières et donc de bornages étatiques, les firmes multinationales se développent, échangent dans le monde mais gardent un ancrage national. D’autre part, l’Etat est toujours synonyme d’identité nationale et focalise les aspirations et les revendications des peuples sans Etat. Enfin, l’Etat demeure un acteur central en assurant la défense des intérêts nationaux et un régulateur indispensable, garant de la cohésion sociale et territoriale.
- Au moment où les frontières douanières s’abaissent dans le monde, des efforts sont entrepris pour renforcer les échanges fondés sur la proximité. Ces efforts se traduisent par la constitution de nombreuses organisations commerciales régionales à travers le monde (UE, ASEAN, ALENA, MERCOSUR). Toutefois les « régionalisations » les plus actives sont celles qui se forgent autour des centres d’impulsion.

Bibliographie
- Boniface Pascal, (dir.), Atlas des relations internationales, Hatier, nouvelle édition 2003, 160 p.
- Bret Bernard, Le Tiers-Monde, croissance, développement, inégalités, Ellipses, 2002,222 p.
- Carroué Laurent, Géographie de la mondialisation, Armand Colin, 2002, coll. U, 254 p.
- Carroué Laurent, L’Union européenne, Armand Colin, 2001, coll. Prépas Géographie, 224 p.
- Dollfuss Olivier, La Mondialisation, Presses de Sciences Po, 2e édition, 2001, 167 p.
- Manzagol Claude, La Mondialisation. Données, mécanismes et enjeux, Armand Colin, 2003, 191 p.
- Paulet Jean-Pierre, La Mondialisation, Armand Colin, collection Synthèse, 2e édition, 2002
- Comprendre le monde, Sciences Humaines, numéro spécial, n° 2, mai-juin 2003
- L’Atlas du Monde diplomatique, Le Monde diplomatique, hors série de Manière de voir, janvier 2003


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MessageSujet: Re: PROGRAMME DE TERMINALE S (Histoire et Géographie)   Mar 18 Déc 2007, 09:44

DOCUMENTS D'ACCOMPAGNEMENT EN GEOGRAPHIE... (post 2/3)

Les Etats-Unis (8 h.)

- La superpuissance des Etats-Unis (5-6 h.)
Les États-Unis rassemblent l’ensemble des critères qui permettent de définir une puissance à l’échelle continentale et mondiale. On peut donc parler de superpuissance car tous les critères de la puissance y sont combinés et atteignent leur maximum d’intensité. Cette puissance peut être à la fois contraignante (utilisation de moyens économiques, commerciaux, militaires pour que les autres pays fassent ce que souhaitent les Etats-Unis) et attirante (attractivité liée aux valeurs, au système universitaire et à la recherche, aux perspectives d’emploi, à la culture de ce pays).
Cette puissance s’inscrit au niveau régional par le poids des Etats-Unis dans l’ALENA et dans l’ensemble de l’Amérique latine, mais aussi au niveau mondial par sa place prépondérante dans toutes les institutions internationales politiques et économiques ainsi que par sa supériorité militaire. Elle se manifeste aussi par les investissements américains dans le monde (ainsi que par les investissements étrangers aux Etats-Unis qui reflètent la capacité d’attraction du marché intérieur américain), par les réseaux d’échanges, par le déploiement des forces militaires, etc. Cependant cette puissance s’exerce de façon inégale dans l’espace mondial.

L’organisation du territoire des Etats-Unis doit faire l’objet d’une étude spécifique en évitant de juxtaposer les analyses sectorielles classiques (agriculture, industrie, services…). Il s’agit notamment de faire ressortir la maîtrise de ce vaste territoire, aux ressources variées et abondantes, qui a bénéficié d’une diffusion rapide du peuplement. La plupart des Etats-uniens vivent dans un réseau urbain très hiérarchisé, dominé par de grandes métropoles, dont certaines sont en même temps des villes mondiales, reliées par des réseaux de communications particulièrement efficients. Les grands ensembles régionaux, à l’exception de la façade atlantique, étudiée dans la sous-partie suivante, pourront être analysés en mettant en évidence la manière dont ils participent à la puissance américaine et à son ouverture au monde. Les Grandes Plaines intérieures, grenier à blé de l’Amérique du Nord, dominent le marché mondial ; la Californie, pôle de haute technologie à l’échelle américaine, a aussi une capacité d’organisation de l’espace pacifique et constitue un centre essentiel de la nouvelle économie à l’échelle mondiale ; bien que peu peuplées, les Rocheuses offrent de fortes potentialités de développement (ressources énergétiques, tourisme,…)

- La façade atlantique des Etats-Unis (2-3 h.)

Citation:
Façade
Une façade est un espace littoral, interface entre un arrière-pays continental et un avant-pays océanique, auxquels il est relié par des réseaux de communication denses et variés. C’est à la fois un espace d’échanges et de production dont les activités ont pu entraîner un phénomène de littoralisation (concentration démographique, portuaire et urbaine).


On étudie seulement la façade atlantique des Etats-Unis puisque la deuxième partie du programme porte exclusivement sur les Etats-Unis en tant que superpuissance. Toutefois dans le cadre de cet espace, allant de la frontière canadienne à la frontière mexicaine, il est possible de retrouver l’essentiel de la problématique du thème d’étude des séries ES et L sur la façade de l’Amérique du Nord.
En tant que lieu d’accueil des immigrants, elle a été l’interface privilégiée avec l’Europe et a rassemblé les premiers espaces de l’industrialisation et de l’urbanisation. Elle s’ouvre aujourd’hui sur l’Amérique latine. Bien que de plus en plus concurrencée par la façade pacifique (à laquelle elle est reliée par le canal de Panama sur le plan maritime, et par des liens terrestres importants dont les « ponts transcontinentaux » ferroviaires), elle continue à participer de l’ouverture au monde de l’Amérique du Nord, notamment par l’importance de ses ports. Cette façade est d’une épaisseur inégale, elle peut se réduire à un simple liseré littoral (ainsi certaines portions du sud-est atlantique) ou s’étendre sur plusieurs milliers de kilomètres en intégrant la région des Grands Lacs grâce à l’axe navigable du Saint-Laurent. Au long de cette façade, il est intéressant de constater que les flux de cabotage sont aussi importants que les flux transocéaniques. On peut distinguer trois sous-ensembles : le Nord-Est, comprenant la Mégalopolis de Boston à Washington et la région des Grands Lacs, la Floride et la côte du golfe du Mexique.
Le Nord-Est est non seulement la première concentration urbaine de l’Amérique du Nord mais aussi la plus importante et la plus ancienne région industrielle ainsi que le centre politique et financier le plus puissant de la planète. Les noyaux urbains qui la composent sont reliés par des flux considérables de marchandises, d’hommes, d’informations et de capitaux entraînant une circulation intense qui provoque la congestion des transports et une recomposition des espaces urbains : crise et reconversion des centres et des espaces portuaires, accentuation de la suburbanisation et développement de nouveaux centres périphériques.
La Floride, à la croissance démographique exceptionnelle, est à la fois une grande région agricole exportatrice, la première région touristique des Etats-Unis et un centre financier majeur (Miami est le deuxième centre bancaire pour les transactions internationales après New York). Miami et Atlanta plus au nord (grâce à la qualité de leurs liaisons aéroportuaires) se disputent le rôle de métropoles internationales, interfaces entre les Etats-Unis, les Caraïbes et l’Amérique latine.
Dans le golfe du Mexique, l’accumulation de richesses sur un littoral marqué par les industries du complexe pétrolier continental et maritime, aux Etats-Unis comme au Mexique, les facilités de transport vers l’arrière-pays grâce aux fleuves permettant de remonter vers le nord, expliquent l’intensité des relations et le rôle fondamental de quelques ports devenus de grandes agglomérations (Houston, La Nouvelle Orléans par exemple). L’originalité du golfe du Mexique est aujourd’hui renforcée par son dynamisme démographique (attractivité de la « Sun Belt », migrations des latino-américains) et économique (zones franches, maquiladoras), lié notamment à l’intensité de ses échanges avec l’Amérique latine.

Bibliographie
- Bethemont Jacques, Breuil Jean-Michel, Les Etats-Unis, une géographie régionale, Armand Colin 2ème édition 1996, coll. U, 304 p.
- Boquet Yves, Etats-Unis : Espace, Société, Economie, Belin 2003, coll. Mémento, 200 p.
- Dorel Gérard, Les Etats-Unis, in Etats-Unis-Canada, Géographie Universelle, Hachette Reclus, 1992, 230 p.
- Ghorra-Gobin Cynthia, Villes et société urbaine aux Etats-Unis, Armand Colin, 2003, 192 p.
- Hassner Pierre et Vaïse Justin, Washington et le monde, dilemmes d’une superpuissance, Autrement, 2003, 170 p.
- Dorel Gérard, La Puissance des Etats, La Documentation photographique, n° 8006, La Documentation française, décembre 1998


L’Asie orientale (8 h.)

- Une aire de puissance en expansion (4-5 h.)
Cette aire, façade orientale de l’Eurasie, apparaît comme un espace éclaté en zones littorales, archipels et presqu’îles s’ouvrant largement sur l’océan Pacifique et ses mers bordières. Elle tient d’abord sa puissance de son poids démographique ; ce très ancien foyer de population, majoritairement chinoise, reste l’une des plus fortes concentrations humaines du monde incluant dans les limites du programme le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, la Chine littorale et Singapour soit plus de 700 millions d’habitants.

Certes, elle constitue une aire composite : diversité des territoires (de la cité-État aux provinces maritimes d’un État-continent), diversité des systèmes politiques (démocratie populaire à parti unique, monarchie constitutionnelle, …) qu’opposent encore des contentieux malgré un début de normalisation des relations, différences de niveaux de développement (IDH, comparaison des activités économiques). Mais il existe un dénominateur commun à cette « mosaïque » qui justifie une approche globale : l’Asie orientale se caractérise par des taux de croissance économique élevés — malgré un certain essoufflement, notamment au Japon, lié aux crises qui parsèment les années 1990. Bien que ne disposant pas d’une véritable organisation économique intégrée, elle est animée par des courants d’échanges intra-régionaux en pleine expansion, hiérarchisés par la division du travail (investissements, produits manufacturés) et par des réseaux d’entreprises. Elle constitue ainsi une zone de développement maritimo-industriel, à la fois interdépendante et ouverte sur le monde (notamment vers l’Europe et l’Amérique).

En cours de construction, l’aire d’Asie orientale s’articule autour de trois pôles majeurs. Le pôle japonais, seconde puissance économique mondiale, dont le système est aujourd’hui en question, continue de dominer la région sur les plans économique, financier et technologique. Par ses investissements et son aide au développement, il a généré une croissance et une intégration progressive de « nouveaux pays industriels » : la Corée du Sud et Taïwan. Au Sud, Singapour, première place financière de l’Asie du Sud-Est, est un nœud mondial du trafic maritime rivalisant avec Rotterdam. Au centre de cette aire, on assiste à la montée en puissance des régions littorales du « Pays du Milieu » dynamisées par le retour de Hong Kong, par la politique d’intégration au marché mondial menée par Pékin et par la puissance des réseaux familiaux de la diaspora chinoise. Présentant des pôles de développement encore mal reliés entre eux, ces régions littorales de la Chine n’en fournissent pas moins 50 % du PIB national et reçoivent désormais plus d’investissements étrangers que les États-Unis. La Chine apparaît ainsi comme un concurrent direct d’un Japon en plein doute politique et économique.
L’aire de puissance de l’Asie orientale est bien en expansion sur le plan spatial. Il est donc difficile de lui assigner des limites strictes. Elle peut potentiellement s’élargir à des « pays émergents » de l’Asie du Sud-Est comme les Philippines, le Vietnam, l’Indonésie, la Malaisie ou la Thaïlande, débordant ainsi le cadre formel des pays du Nord.

Bibliographie
- D’Angio Richard, Mauduy Jacques, Les rivages asiatiques du Pacifique, Armand Colin, coll. Prépas, 1997, 224 p.
- Foucher Michel (dir.), Asies Nouvelles, Belin, 2002, 480 p.
- Soppelsa Jacques, Géopolitique de l’Asie-Pacifique, Ellipses, 2001, 112 p.

- La mégalopole japonaise (3-4 h.)
La mégalopole japonaise constitue une région motrice majeure de l’Asie orientale et du monde.
Elle s’étire sur plus de 1 000 km, de la région de Tokyo jusqu’à l’île de Kyushu, sur les étroites plaines précocement occupées du littoral Pacifique et rassemble 100 millions d’habitants. La mégalopole s’est constituée au cours de la « Haute Croissance » par la coalescence des agglomérations formant le « Tokaido » puis par l’intégration des villes situées le long de la mer Intérieure. Elle s’articule sur un réseau dense de transports (Shinkansen, autoroutes,…) dont l’amélioration, souvent au prix de prouesses techniques, participe à son expansion. Ce réseau urbain multipolaire est dominé sans partage par Tokyo. Cette mégapole, rassemblant plus de 30 millions d’habitants, est non seulement la capitale d’un Etat centralisé mais aussi la première concentration industrielle du monde et une ville mondiale aux fonctions de commandement financières et « quaternaires ». Les paysages et l’organisation spatiale de Tokyo en sont fortement marqués : redéploiement des fonctions tertiaires (CBD, centres secondaires), réorganisations industrielles liées au développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), saturation du péri-urbain intérieur et corrélativement grands projets d’aménagements littoraux.

L’ouverture sur le Pacifique, l’extraversion de l’économie, la concentration spatiale du système productif japonais expliquent l’exceptionnelle accumulation des hommes, des industries, des infrastructures de transport et des zones portuaires, sur cet espace restreint qui tend à gagner sur la mer. Les flux engendrés par les ports font de la mégalopole l’une des grandes façades maritimes du monde, interface mettant le Japon en contact avec l’Asie orientale et le reste de la planète.
Cependant, les contraintes naturelles, la forte concentration des activités humaines et les modifications urbano-industrielles sur ce ruban littoral par ailleurs particulièrement exposé aux risques (typhons, séismes et tsunami) posent d’importants problèmes environnementaux dont la prise de conscience a été tardive.

Bibliographie
- Pelletier Philippe, Le Japon, une puissance en question, La Documentation photographique, n° 8029, La Documentation française, octobre 2002
- Pelletier Philippe, Le Japon, Armand Colin, coll. Prépas, 1997, 223 p.


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MessageSujet: Re: PROGRAMME DE TERMINALE S (Histoire et Géographie)   Mar 18 Déc 2007, 09:45

DOCUMENTS D'ACCOMPAGNEMENT EN GEOGRAPHIE... (post 3/3)

Une interface Nord/Sud : l’espace méditerranéen (6 h.)

Citation:
Interface
Une interface est un espace de contact qui met en relation deux ensembles géographiques distincts. Lorsque ces deux ensembles sont bien différenciés, on peut y observer des faits originaux relevant à la fois de l’interpénétration et du clivage : échanges de toute nature, modifications d’un ensemble par l’autre, mais aussi phénomènes de rupture, voire de fermeture. Une interface constitue donc une forme parmi d’autres de discontinuité spatiale.
Certaines interfaces (terre/mer, montagne/plaine) reposent sur un critère physique. Mais on peut aussi appliquer ce terme à la ligne de contact et de clivage entre les pays du Nord et ceux du Sud, qui ceinture une large partie de la planète et prend une force particulière au long de l’espace méditerranéen et de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique.


Le traitement de ce thème d’étude doit permettre de reprendre, en les approfondissant à une échelle moyenne, des problématiques sur la mondialisation et l’inégal développement, déjà évoquées dans la première partie du programme ou au début de la troisième partie. Il ne s’agit donc pas d’étudier l’espace méditerranéen pour lui-même, mais en tant qu’exemple particulièrement significatif d’interface Nord/Sud.

L’espace méditerranéen peut être assimilé aux espaces bordiers de la mer Méditerranée (en excluant donc la Mer Noire). Il dispose de caractères propres, d’ordre physique, historique ou humain qui constituent un cadre à l’intérieur duquel se développent les interrelations Nord/Sud actuelles. Par exemple, le climat méditerranéen est aujourd’hui un facteur favorable pour le développement touristique ou pour celui des exportations agricoles du Maghreb ; la présence de plusieurs aires de civilisation en Méditerranée, héritées d’un riche passé, confère des caractères particuliers aux échanges culturels actuels entre le nord et le sud ou entre l’ouest et l’est de l’espace méditerranéen. Cet arrière-plan est déjà en partie connu des élèves (études de La Méditerranée au XIIe siècle et de La colonisation européenne) et ne doit donc pas donner lieu à de longs développements.

L’étude de ce thème doit d’abord s’appuyer sur le constat des importants écarts de développement (repérables à l’aide de différents indicateurs démographiques, sociaux, économiques) entre les Etats du nord d’une part, de l’est et du sud d’autre part de la Méditerranée. Il y a bien là un espace de clivage entre richesse et pauvreté. Toutefois cette opposition mérite d’être largement nuancée. Le versant européen comprend des régions pauvres (Balkans) et à l’inverse le versant méridional ou oriental présente différentes formes de richesse (Israël, Libye).
Ces contrastes de développement entre les deux rives de la Méditerranée sont à l’origine de flux de nature très variée mais fondamentalement dissymétriques : migrations temporaires ou définitives, de nature économique ou politique, déplacements touristiques, flux de marchandises, investissements financiers, échanges culturels. Les flux actuels s’inscrivent dans une longue tradition d’échanges favorisée par la présence maritime qui explique la forte littoralisation et l’abondance des villes portuaires.

L’interface méditerranéenne est cependant d’un type particulier dans la mesure où elle n’est pas linéaire (à la différence de la frontière Etats-Unis/Mexique) mais dédoublée, en associant une rive appartenant aux pays du Nord et une rive partie intégrante des pays du Sud, qui présentent certes quelques traits communs mais aussi beaucoup de différences.
L’interface méditerranéenne met également en contact l’Union européenne avec des pays en développement. Au départ plutôt centrée sur l’Europe rhénane, l’Union s’est en effet progressivement ouverte à des Etats européens du Sud (Péninsule ibérique, Grèce), puis à des îles méditerranéennes (Malte, Chypre). En attendant d’éventuels élargissements futurs, notamment vers la Turquie, l’UE développe, en particulier à la suite de la conférence de Barcelone en 1995, une politique de partenariat, favorable au libre échange, avec nombre de pays de la rive sud et est.

Le phénomène d’interface a des effets majeurs sur les sociétés et les territoires. La présentation de ce thème d’étude ne peut donc se réduire à une analyse démographique ou économique. A l’inverse une approche exhaustive des manifestations sociales et spatiales du phénomène d’interface n’est pas envisageable dans le temps imparti, tant leur diversité est grande. Dans le cadre de cette troisième partie du programme centrée sur les mondes en quête de développement, on s’appuiera donc sur un ou deux exemples choisis sur la rive Sud : une grande station balnéaire en Tunisie, l’urbanisation touristique littorale en Turquie, le développement des cultures irriguées pour l’exportation dans les plaines marocaines, les modifications de l’habitat rural grâce à l’argent des émigrés dans les montagnes maghrébines, etc.

Bibliographie
- Bethemont Jacques, Géographie de la Méditerranée, Armand Colin, 2000, coll. U, 313 p.
- Borne Dominique, Scheibling Jacques (dir.), La Méditerranée, Hachette, 2002, coll. Carré Géographie, 256 p.
- Côte Marc, Le Maghreb, La Documentation photographique, n° 8002, La Documentation française, 1998
- Kayser Bernard, Méditerranée. Une géographie de la fracture, Encyclopédie de la Méditerranée, Edisud, 1996 [on peut aussi consulter les autres titres de cette Encyclopédie]
- Paulet Jean-Pierre, La Méditerranée, richesses et mal-développement in Lozato-Giotart Jean-Pierre (dir.), La Méditerranée, CNED-SEDES, 2001, 256 p.
- Commissariat au plan, Le partenariat euro-méditerranéen, La Documentation française, 2000.


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MessageSujet: Re: PROGRAMME DE TERMINALE S (Histoire et Géographie)   Mar 18 Déc 2007, 09:53

DOCUMENTS D'ACCOMPAGNEMENT EN HISTOIRE (1/3)

Série S


Commentaires des thèmes d’étude d’histoire
Le monde contemporain (II)

Le programme de terminale se fixe pour ambition l'intelligence d'ensemble de la période par l'approche croisée des grands axes de l'évolution, de notions opératoires et d'un nombre maîtrisé de connaissances factuelles. Au fil de l'année, l'étude plus approfondie d'événements soigneusement choisis et d'un nombre restreint de documents étayent les démonstrations, nourrissent la culture et entraînent les élèves à l'analyse rigoureuse.

Les relations internationales depuis 1945 (12 heures)

La guerre froide (1947-1991) (7-8 h.)
Au fil de 1945 et 1946, les témoignages de méfiance puis les blocages se multiplient entre les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, notamment dans la gestion de la question allemande, pôle de tension durable. 1947 marque une étape décisive dans l’émergence de deux camps antagonistes. Ce processus de bipolarisation ouvre la guerre froide, qui constitue avec la décolonisation l’autre fait majeur des rapports internationaux de l’après-guerre.
L’expression « guerre froide », inventée en 1947, désigne en même temps une période de l’histoire contemporaine (que le programme prend dans son acception large : de la seconde moitié des années 1940 à 1991) et un conflit multiforme, d’intensité variable, dressant l’un contre l’autre deux blocs visant l’extension maximale de leur influence et l’endiguement voire le refoulement de l’adversaire. Les ressorts durables de ce conflit sont l’opposition des idéologies — qui rend la paix impossible —, la recherche permanente du meilleur positionnement, la prise au sérieux du risque nucléaire — qui rend la guerre improbable —, la peur et diabolisation de l’autre, qui sont à leur maximum entre 1948 et 1953.
Dans la seconde moitié de la décennie 1950, la volonté d’affirmation du Tiers-Monde, le changement de la politique extérieure soviétique et les enseignements de crises graves, comme celle de Cuba, induisent une pacification progressive. Celle-ci débouche sur la période de la « détente », qui s’étend de 1963 au milieu des années 1970 et fait des États-Unis et de l’URSS des « adversaires-partenaires ». Malgré la poursuite de la guerre au Viêtnam et le désaccord profond sur la situation au Proche-Orient, les rencontres Nixon-Brejnev de 1972 et 1973 marquent un temps fort de cette phase.

Les relations internationales de la période se structurent donc en partie autour de l’existence et de la confrontation de deux universalismes : les modèles américain et soviétique. Ceux-ci ne sont immuables ni dans le temps ni, tant ces pays sont vastes, dans l’espace : pour simplifier l’approche, le programme centre leur étude sur les décennies 1950-1960 et sur leurs caractères les plus permanents.

Citation:
Modèle idéologique
Dans la continuité du programme de 1995, les programmes de 2002 entendent le mot de « modèle » comme un outil didactique, facilitant la présentation et la compréhension des traits saillants d’une réalité historique par articulation entre l’exposition d’un petit nombre de faits et le recours à l’abstraction, entre le dégagement d’invariants et la prise en compte de l’évolution. L’accent est mis sur le versant idéologique, c’est-à-dire les mythes fondateurs, le système de valeurs et de normes, les pratiques culturelles, la vision des rapports Etat/société civile et de l’organisation socio-économique, qui fournissent un soubassement commun à tous ceux qui y adhèrent ou en dépendent.
Inscrite par les programmes dans le cadre des relations internationales, l’étude des modèles américain et soviétique inclut la présentation de leur force d’attraction, de leur diffusion et de leur mobilisation dans le cadre de la confrontation entre les deux Grands.


Parmi les traits caractéristiques du modèle soviétique, on trouve : le postulat optimiste du progrès et la croyance en la toute-puissance du pouvoir, qui ont une traduction dans le volontarisme aménageur ; l’affirmation de l’unité organique de la société, que traduisent l’exaltation d’un homme nouveau dévoué à la collectivité, la stricte limitation de la propriété privée, le rôle attribué au parti communiste ou le transfert des échecs et des craintes sur les « ennemis » du peuple et de l’Etat : le Goulag est à son apogée au début des années cinquante ; la prégnance des méthodes de gestion des années trente, qui vont de pair avec l’idéologisation de la réalité ; l’imprégnation générale du langage marxiste-léniniste.
Après la disparition de Staline, les nouveaux dirigeants associent rupture et continuité. Un processus complexe de sortie du totalitarisme s’amorce. Par contre, après une phase effective de réformes socio-économiques dans un contexte de forte croissance, le khrouchtchévisme renoue à partir de 1958/1959 avec un mode de régulation et une floraison d’effets d’annonce qui tournent le dos au réel.
Pour beaucoup d’hommes à travers le monde, l’expérience soviétique, connue de manière sélective et dont la résistance victorieuse aux Allemands vient de montrer l’efficacité, offre un exemple de transformation volontariste de l’existence. Elle constitue une réponse aux dysfonctionnements qu’ils constatent ou combattent.
Le modèle américain connaît aussi un apogée au lendemain de la guerre. Il se nourrit d’un corps de valeurs : la liberté et la force des contre-pouvoirs ; l’influence du pouvoir judiciaire et de la religion, liée à l’histoire américaine de la démocratie et à l’exercice du civisme ; la confiance dans la valeur régulatrice du marché, la figure positive de l’entrepreneur, la bonne conscience vis-à-vis de la réussite matérielle, la suspicion envers l’action publique, dont un corollaire est l’efficacité des fondations privées ; la capacité à susciter périodiquement de nouveaux horizons : mythe de la frontière ou nouvelles étapes de la modernité économique, dont le pays se veut un laboratoire permanent. L’american way of life fournit un horizon d’attente aux Américains qui n’ont pas encore rejoint la classe moyenne et fascine l’étranger, y compris les détracteurs des États-Unis. La puissance économique et la réussite dont témoigne ce mode de vie concourent à convaincre les Américains de l’exemplarité de leur démocratie libérale.
Cette confiance est cependant ébranlée durant les années soixante, qui connaissent de nombreuses inflexions : développement de la réglementation sociale et de l’intervention de l’Etat — surtout sous la présidence Johnson —, phase d’introspection et de profonde contestation, premiers indices de la crise du fordisme. Pour autant, le rêve américain n’est pas mis à mal, comme en témoignent les chiffres de l’immigration après la libéralisation de celle-ci (1965).

Les années 1973-1975 constituent un renversement de la conjoncture internationale, à partir duquel la déstabilisation l’emporte. Une tonalité anxiogène succède à l’euphorie de la première époque de la croissance. Les rapports de force entre les deux Grands évoluent à rythme court (déclin états-unien à partir de 1973-1974 puis réaffirmation au temps du « reaganisme », expansion brejnévienne puis enlisement). Leur cogestion s’essouffle : la logique de guerre froide s’affirme à nouveau à partir de 1979, tandis que s’accroissent les concurrences politique (la Chine) ou économique (le Japon). Les conflits régionaux se multiplient, contribuant aux profondes difficultés du continent africain.
Prenant acte des effets asphyxiants pour l’URSS de l’expansion impériale et militaire, Mikhaïl Gorbatchev, nouveau premier secrétaire du PCUS (1985), privilégie l’apaisement. Ce dernier se marque notamment par le traité de Washington de décembre 1987, qui ouvre la voie au désarmement. Ce fait et d’autres, telle la fin de l’apartheid en Afrique du Sud ou le caractère assez largement apaisé du dialogue interreligieux, montre aux contemporains que le pire n’est pas inéluctable.
Puis, à un rythme absolument imprévu, des fondements majeurs du monde de l’après-guerre, voire d’après 1917, s’effondrent. À l’issue d’une tentative de six ans pour apporter une réponse aux impasses du système, l’URSS se délite en 1990 et disparaît en décembre 1991, après avoir accepté la perte de son glacis européen dès 1989. La guerre froide prend fin.

Bibliographie
- « Enseigner l’histoire contemporaine », Historiens & Géographes, n°s 375 de juillet-août 2001 et 376 de septembre-octobre 2001 (articles de R. Frank, A. Kaspi, J. Marseille et J. Sapir).
- Duroselle Jean-Baptiste et Kaspi André, Histoire des relations internationales de 1945 à nos jours, Armand Colin, « Classic », 2002, 663 p.
- Milza Pierre, Les Relations internationales (1945-1973), Hachette, « Carré-Histoire », 1996, 240 p.
- Soutou Georges-Henri, La Guerre de Cinquante Ans, Les relations Est-Ouest 1943-1990, Fayard, 2001, 650 p.
- Vaïsse Maurice, Les Relations internationales depuis 1945, Armand Colin, « Cursus », 2002, 250 p.
- Dullin Sabine, Histoire de l’URSS, La Découverte, « Repères », 2003, 124 p.
- Le Siècle communiste, L’Histoire, n° 223, juillet-août 1998.
- L’Empire américain, Les Collections de l’Histoire, n° 7, février 2000.
- Vaïsse Justin, Le Modèle américain, Armand Colin, « Synthèse Histoire », 1998, 95 p.

Le nouvel ordre mondial (4-5 h.)
Au tout début des années 1990 s’achève une double séquence chronologique : les États-Unis se trouvent sans adversaire militaire ; le système d’économie communiste disparaît d’Europe, tandis que la Chine, qui a introduit l’économie de marché en 1978, l’officialise en 1993.
Première puissance globale de l’histoire, les États-Unis veulent promouvoir un « nouvel ordre mondial », au sein duquel la paix serait fondée sur le multilatéralisme (première guerre d’Irak). Mais ce néo-wilsonisme suscite rapidement des réserves, qui mettent en cause une Realpolitik de fait, la prétention instinctive des Etats-Unis à se situer du côté du bien, leur lecture idéologique des réalités mondiales, les motifs inavoués de leur alternance d’interventions ou de réserve, ou encore la direction qu’ils impriment aux institutions économiques internationales (fortement contestée par les organisations altermondialistes).

Dans les faits, le passage entre le XXe et le XXIe siècles apparaît marqué par la complexité (qui transparaît nettement dans la situation du Proche-Orient) plus que par un ordonnancement manifeste. Les attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis en fournissent une illustration dramatique, qui focalise l’attention sur la frange radicale de l’islamisme.

Citation:
Islamisme
Des années 1970 au début des années 1990, le projet de l’islamisme politique est de construire, à partir du pouvoir d’Etat, un système politique totalisant, gérant la société et l’économie en s’appuyant sur les fondements de l’Islam et en refusant le pluralisme politique (l’Iran d’après la révolution de 1979).
Les analystes concluent à l’échec de ce projet, à l’inflexion des nombreux mouvements représentatifs vers une logique nationaliste et une insertion dans le jeu politique, et au glissement de l’islamisme vers les dynamiques fondamentalistes.
On englobe sous cette dernière expression des courants différents, mais qui se meuvent tous dans l’espace de référence de l’oummah : mouvements prédicateurs prônant l’islamisation de la société en se désintéressant de l’action politique explicite, activistes radicaux sans projet de construction de société nouvelle. Laissés pour compte de l’échec de l’islamisme politique, souvent partie prenante des jihad d’Afghanistan, de Tchétchénie, des Philippines, etc., les radicaux refusent toute logique nationale et se font les défenseurs d’une communauté musulmane déterritorialisée. En recherche de modèles, ils se reconnaissent volontiers dans la figure d’Oussama Ben Laden ; symétriquement, les États-Unis, du fait de leur politique au Proche-Orient, des frustrations qu’ils ont pu engendrer et du symbole culturel qu’ils incarnent, sont devenus pour eux l’adversaire absolu.
La compréhension de cet ensemble est complexe :
- l’échec de l’islamisme politique ne signifie pas celui de la réislamisation : questionnement de la modernité au nom des valeurs spirituelles, quête individuelle du salut, création d’écoles et d’associations humanitaires, alignement de la législation sur la charia, diffusion du voile et port de la barbe sont des réalités, à l’œuvre dès les années 1970, très visibles dans les années 1980. Des jeunes nés dans des familles issues de l’immigration sont sensibles à ce mouvement, relayé par la prédication internationale et l’Internet.
- le fondamentalisme ne traduit pas la seule résistance de l’islam traditionnel : c’est un néo-fondamentalisme qui s’accompagne souvent d’une mise en cause des références anciennes (cas des talibans ou de jeunes des pays occidentaux critiquant les conceptions religieuses de leurs parents) ;
- dire que les discours fondamentalistes n’expriment pas un projet politique ne doit faire oublier ni qu’ils traduisent nombre de frustrations dues à des situations nationales (corruption, despotisme, injustice sociale) ni qu’ils s’inscrivent dans la dynamique anti-impérialiste, exprimée dans un langage religieux endogène différent du tiers-mondisme des années 1950-1960.

- Les Islamistes, L’Histoire, n° 281, novembre 2003.
- Burgat François, L’Islamisme en face, La Découverte, « Poche », 2002, 304 p.
- Kepel Gilles, Jihad, Gallimard, « Folio actuel », 2003, 751 p.
- Martinez-Gros Gabriel et Valensi Lucette, L’Islam en dissidence. Genèse d’un affrontement, Seuil, « L’univers historique », 2004, 336 p.
- Mutin Georges, Du Maghreb au Moyen-Orient, un arc de crises, La Documentation photographique n° 8027, juin 2002.
- Roy Olivier, L’Islam mondialisé, Seuil, « Essai politique », 2002, 144 p., et Généalogie de l’islamisme, Hachette, « Pluriel », 2002, 119 p.


Les efforts de l’Organisation des Nations Unies — qui compte 190 membres en 2002 pour 125 en 1970 — pour incarner la communauté internationale témoignent de cet état de fait. L’attribution aux casques bleus du prix Nobel de la paix en 1988 est révélatrice de l’énergie mise à monter des opérations de paix et des espoirs investis dans l’ONU durant la seconde moitié des années 1980 et le début des années 1990. Le décalage entre ces espoirs et la réalité se révèle souvent cruel par la suite, et la question des missions et du financement se pose avec d’autant plus d’acuité que la combinatoire des attentes et des risques évolue rapidement. Il n’est que de souligner les pistes nouvelles que constituent l’affirmation du droit d’ingérence (1991), la création de la Cour pénale internationale (1998) ou encore les craintes anciennes mais réactivées en matière de dissémination nucléaire et de qualité de l’environnement.

Bibliographie
- « Enseigner l’histoire contemporaine », Historiens & géographes, n°s 375 de juillet-août 2001 et 376 de septembre-octobre 2001 (articles de R. Frank, A. Kaspi, J. Marseille et J. Sapir).
- Duroselle Jean-Baptiste et Kaspi André, Histoire des relations internationales de 1945 à nos jours, Armand Colin, « Classic », 2002, 663 p.
- Milza Pierre, Les Relations internationales (1945-1973), Hachette, « Carré-Histoire », 1996, 240 p.
- Vaïsse Maurice, Les Relations internationales depuis 1945, Armand Colin, « Cursus », 2002, 250 p.
- Bertrand Maurice, L’ONU, La Découverte, « Repères », 2003, 124 p.
- Lafay Frédérique, L’ONU, PUF, « Que sais-je ? », 2003, 128 p.


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MessageSujet: Re: PROGRAMME DE TERMINALE S (Histoire et Géographie)   Mar 18 Déc 2007, 10:00

DOCUMENTS D'ACCOMPAGNEMENT EN HISTOIRE (2/3)

Colonisation et indépendance (8 heures)
Cette partie est à traiter sur la longue durée, du milieu du XIXe siècle aux années 1960 incluses.

La colonisation européenne et le système colonial (4-5 h.)
Elle est préparée par une période de gestation, durant laquelle la conquête politique n'est pas à l'ordre du jour, si l'on excepte l'Algérie. C’est surtout à partir des années 1870 que commence une ère de colonisation, qui constitue un des traits saillants de l’expansion européenne. Elle fait jouer une série de mécanismes : volonté humanitaire et civilisatrice, ambitions stratégiques et affrontements des nationalismes, développement du capitalisme et révolution industrielle, suprématie scientifique et technologique patente à la fin du XIXe siècle. La conquête ne s’opère pas aisément, engendrant des résistances armées de populations, de chefs comme Samory Touré dans l'Ouest africain, de sociétés organisées : guerres zouloues, opposition annamite à la conquête des années 1880, victoire de Ménélik II contre les Italiens en Abyssinie. Quoi qu’il en soit, le processus aboutit à la domination politique et économique par les puissances européennes d’espaces continentaux et maritimes immenses.
La pacification et les principaux partages sont acquis entre les années 1890 et 1914, même si la résistance ne cesse jamais (ce dont témoigne la guerre du Rif) et si la Première Guerre mondiale occasionne une redistribution entre les vainqueurs. La période proprement gestionnaire des empires commence alors. Les « coloniaux » (missionnaires, fonctionnaires, commerçants…) sont peu nombreux et l’appareil colonisateur modeste, rapporté à l’ampleur de la tâche. L’empirisme l’emporte donc, d’où l’hétérogénéité des situations, que renforce l’absence ou la présence de colons qui ne forment une composante effective du peuplement qu’en d’assez rares endroits, dont l’Algérie. On peut cependant repérer quelques tendances, tels l’intérêt britannique et hollandais pour la tutelle indirecte, ou la politique plus étatique et assimilatrice de la France. La diversité des modes de mise en valeur est aussi grande, même s’il s’agit toujours de vendre des biens manufacturés, d’obtenir denrées tropicales, cultures industrielles puis produits du sous-sol, de lever l’impôt. Un équipement en infrastructures de transport destinées au contrôle et au drainage des productions est conduit partout, avec un coût humain élevé et des problèmes de capitaux (en 1914, l’investissement colonial français ne représente pas 15 % des investissements à l’extérieur). Même s’il y a des exceptions — l’Indochine est précocement équipée —, la période d’engagement maximal des métropoles est tardive, liée à la crise et même généralement postérieure à la Seconde Guerre mondiale.
C’est dans l’entre-deux-guerres que le discours colonial imprègne le plus la culture collective des métropoles, comme en témoigne pour la France le succès de l’Exposition de Vincennes de 1931. Il vante des réalisations qui ne sont pas minces, comme l’éradication progressive des endémies, et d’autres qui exigeraient plus de nuances, tels la scolarisation et le développement économique. Au total, l’entrée des colonies dans l’économie-monde et une certaine modernité est réelle, sans se fonder systématiquement sur la contrainte : ainsi l’attrait de la condition salariée attire-t-elle largement vers l’économie minière en plein essor dans l’entre-deux-guerres (a fortiori quand les travailleurs bénéficient du paternalisme typique du Congo belge). Mais, sans que la colonisation se confonde avec le colonialisme, elle emprunte à ce dernier la majorité de ses traits ; globalement, il s’agit bien d’abord d’une exploitation, qu’elle soit conduite par le biais des compagnies concessionnaires, de l’économie de traite, des grandes exploitations ou des réquisitions de toute nature.

Bibliographie
- Michel Marc, La Colonisation européenne, La Documentation photographique, n° 7042, août 1997.
- Le Temps des colonies, Les Collections de L'Histoire, n° 11, avril 2001.
- Pervillé Guy, De l'Empire français à la décolonisation, Hachette, « Carré histoire », 1993, [outre le cas français ici présenté, le chapitre 1 est utile pour l’approche des concepts]
- Bancel Nicolas, Blanchard Pascal, De l'indigène à l'immigré, Gallimard, « Découvertes Histoire », 1998, 128 p.

La décolonisation et ses conséquences (3-4 h.)
L’émancipation politique des colonies constitue un fait décisif du XXe siècle, qui ne se limite pas à la phase de décolonisation et entretient des liens avec la question contemporaine des rapports Nord-Sud.
C’est la transformation du contexte international pendant et après la Seconde Guerre mondiale qui favorise, avec des décalages dans le temps et l’espace, l’épanouissement et la radicalisation des revendications nationales. Les métropoles ne réagissent pas unanimement devant la remise en cause du système colonial par les colonisés, les nouvelles puissances dominantes et l’ONU : les plus affaiblies s’accrochent à reconstituer leur domination, le Royaume-Uni adopte une position plus souple. Quoi qu’il en soit, la fin des empires est acquise pour l’essentiel en à peine 20 ans, au moins si l’on réserve le cas de l’Afrique portugaise et celui de l’aire soviéto-russe. Dès 1949-1950, la montée des tensions internationales et la poussée communiste en Asie inscrivent le mouvement dans la concurrence Est-Ouest. Cette articulation dure jusqu’au début des années 1980, mais la décolonisation de même que les efforts d’organisation du Tiers-Monde ont leur dynamique spécifique et ne se confondent pas avec la guerre froide.

Citation:
Tiers-Monde
Quand Alfred Sauvy l’utilise pour la première fois (France-Observateur du 14 août 1952), par analogie avec le tiers état, le terme « Tiers-Monde » revêt une double signification : géopolitique (un ensemble distinct des pays occidentaux et des pays communistes) et socio-économique (les pays pauvres en recherche de développement). Le succès de ce néologisme est immense, du fait de sa charge symbolique et de sa vocation englobante.
Au long des années 1950 à 1970, l’expression offre matière à débat, notamment quand elle désigne en bloc les « pays décolonisés », la voie neutraliste ou la concentration des difficultés, alors que ces recouvrements ne sont que partiellement exacts. Cela nous rappelle qu’il y a une histoire de l’utilisation de ce type de concept.


Dès les années 1950, l’ébranlement des empires et plus largement le recul des puissances européennes — dont la crise de Suez constitue un emblème — libèrent un espace politique. Ils facilitent l’émergence du Tiers-Monde sur la scène internationale, qui se manifeste en deux temps : lors de la conférence afro-asiatique de Bandung en 1955, durant laquelle la Chine populaire confirme son statut d’acteur incontournable, puis dans les années 1960, avec la relance du non-alignement et les efforts d’organisation dont témoigne la mise sur pied de l’Organisation de l’Unité africaine (1963).
Quelques années auparavant, la naissance de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (1960) montre que l’autonomisation se déplace vers la recherche d’un nouvel ordre économique et vers ce qu’on appellera bientôt le développement. La réunion de la première Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement en 1964 confirme cette inflexion. A cette époque, le débat sur les causes du sous-développement est extrêmement vif, mais les rapports n’ont guère de peine à s’entendre sur des constats : décrochage par rapport aux pays industrialisés, faiblesse du revenu individuel, malnutrition, analphabétisme, démographie non contrôlée et secteur tertiaire hypertrophié, toutes caractéristiques avec lesquelles l’explosion urbaine interfère de plus en plus. Se déploient alors, en parallèle, une politique de coopération des anciennes métropoles avec les jeunes nations (de manière bilatérale ou par l’intermédiaire de la CEE : la convention de Yaoundé date de 1963) et une radicalisation d’une partie du Tiers-Monde, qui dénonce, notamment aux conférences du Caire (1964) et de Lusaka (1970), le néo-colonialisme.

Bibliographie
- Michel Marc, Décolonisations et émergence du tiers monde, Hachette, « Carré Histoire », 1993, 271 p.
- Pervillé Guy, De l’Empire français à la décolonisation, Hachette, « Carré-Histoire », 1993, p. 90 s.
- Pervillé Guy, L’Europe et l’Afrique (1914-1974), Ophrys, 1994, 152 p. [sélection de textes commentés].


La France de la Ve République (12 heures)
Cette partie offre un potentiel élevé de liaisons avec d’autres parties du programme ou avec d’autres programmes : articulation avec des thèmes clefs abordés en I et II (décolonisation, influence des modèles idéologiques, etc.), approche historique et géographique du III.3 (La France dans le monde), lien à établir avec le programme de géographie de la classe de première.

Un nouveau système républicain (3-4 h.)
La crise algérienne, qui accroît la faiblesse de l’exécutif en même temps qu’elle en révèle l’ampleur, provoque la fin de la IVe République — qui aura duré douze ans — et l’appel au général de Gaulle. La constitution, promulguée le 4 octobre 1958, vise à garantir la continuité et l’efficacité de l’Etat dans le respect de la souveraineté du peuple, qui élit les députés, décide du sort des projets qui lui sont soumis par référendum et, à partir de 1962, choisit le président de la République. Elle introduit un nouvel équilibre des pouvoirs, plus strictement séparés et au sein desquels l’exécutif l’emporte sur l’activité parlementaire (voter les lois, contrôler le gouvernement) très encadrée. S’il est évident pour le général de Gaulle — comme pour ses successeurs — que le président de la République est la clé de voûte des institutions, une ambiguïté existe dans le partage des responsabilités entre celui-ci et le Premier ministre : elle se révèlera ultérieurement. Au total, la Ve République présente un visage institutionnel inédit, incluant des éléments parlementaires et des éléments présidentiels ; on a pu parler d’un régime « semi-présidentiel ».
Il fonctionne sans à-coup grave durant la période gaullienne, les septennats de Georges Pompidou et de Valéry Giscard d’Estaing et les premières années de la présidence de François Mitterrand, malgré les césures que représentent le dur affrontement sur le mode d’élection du président de la République (automne 1962), la crise de 1968 et le départ brusqué du général de Gaulle l’année suivante, l’accès d’un non-gaulliste à l’Elysée (1974) et l’alternance qui porte la gauche au pouvoir (1981). Des traits apparus tôt tendent à s’amplifier, tels le présidentialisme, la logique binaire, le poids du conseil constitutionnel. Par bien des traits, on a quitté la culture républicaine traditionnelle pour celle des grandes démocraties libérales, ce que confortent le tournant décentralisateur (fin 1981) et l’entrée croissante de la norme internationale dans l’ordre interne.
Les législatives de 1986 introduisent un nouveau paramètre : la majorité parlementaire diffère de la majorité présidentielle. La désignation du Premier ministre et la formation du gouvernement dépendant dans les faits du rapport de force à l’Assemblée nationale, commence l’expérience dite de cohabitation. Comme elle est récurrente, puisque aucune majorité élue depuis 1978 n’a été reconduite, elle nourrit un débat portant à la fois sur le régime et sur la capacité des projets politiques à satisfaire les aspirations des Français. Une redistribution de l’électorat et des partis accompagne ces évolutions des décennies 1980 et suivantes : recul électoral du parti communiste, constitution d’un courant écologiste, efforts pour construire des coalitions de droite et de gauche, ancrage de l’extrême droite et poussée de l’extrême gauche. Ces deux derniers traits apparaissent nettement lors des présidentielles de 2002, à l’issue desquelles Jacques Chirac est élu pour la deuxième fois — désormais pour 5 ans.

Bibliographie
- Bastien François, Le régime politique de la Ve République, La découverte, « Repères », 1998, 121 p.
- Becker Jean-Jacques, Histoire politique de la France depuis 1945, Armand Colin, « Cursus », 2000, 207 p.
- Berstein Serge, Wieviorka Olivier et Winock Michel, La République recommence. De 1914 à nos jours, Histoire de la France politique, Seuil, 2004, p. 283-547.
- Néant Hubert, La politique en France XIXe-XXe siècle, Hachette, « Carré histoire », 2000, 240 p.
- Les Cultures politiques en France, s. d. de Serge Berstein, Seuil, « Points histoire », 2003, 436 p.


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MessageSujet: Re: PROGRAMME DE TERMINALE S (Histoire et Géographie)   Mar 18 Déc 2007, 10:02

DOCUMENTS D'ACCOMPAGNEMENT EN HISTOIRE (3/3)

Économie, société, culture (4-5 h.)
Ce thème d’étude vise à dégager l’évolution d’ensemble de la démographie, des structures économiques, du niveau de vie et des modes de vie, au sein desquels s’inscrivent le fait religieux et les pratiques culturelles. Il se nourrit de l’analyse de données statistiques et de faits et témoignages signifiants. Le repérage des rythmes et des inflexions aide les élèves à maîtriser cette évolution ; ainsi l’installation structurelle du chômage à partir de 1975 (890 000 personnes et un dépassement du seuil de 3 %) dessine-t-elle peu à peu un nouveau paysage social, politique et culturel. La césure de la décennie 1970 ne se révèle pas systématiquement pertinente : des mutations sociales entamées durant les années 1960 l’enjambent, le PIB par habitant s’accroît autant entre 1973 et 2001 qu’entre 1950 et 1973.
La croissance est l’un des maîtres-mots de l’analyse : elle vaut pour l’espérance de vie et la population – qui augmente de 17 millions entre 1954 et le début du XXIe siècle, soit plus que de 1700 à 1950 —, la productivité et la production, le niveau de vie et la consommation, la formation, dont la prolongation transforme le niveau moyen d’études et de qualification de la population. La productivité apparaît comme une clef et un emblème du changement : en 1973, un actif occupé crée 20 700 dollars constants de plus qu’en 1950 ; en 1998, il en crée 18 770 de plus qu’en 1973.
Ce dernier trait contribue à dessiner une nouvelle France du travail. Il en est d’autres : recul du travail indépendant, augmentation de la population active, diminution de la durée du travail (à nuancer selon les périodes et les catégories), redistribution des activités collectives. D’une répartition presque égalitaire en 1954 : 6,4 millions d’actifs dans l’agriculture, 6,7 dans l’industrie et 7,1 dans les services, on passe à la ventilation hiérarchisée du début du XXIe siècle et à ses 16,5 millions d’actifs dans les services. C’est la population employée dans l’industrie qui connaît l’évolution la plus heurtée, atteignant son apogée historique en 1973 puis diminuant de 3 millions en 30 ans. Un tel contraste attire l’attention sur la rapidité – voire la brutalité – des changements et sur l’importance de la chronologie. Bien des phénomènes possèdent la même caractéristique : les modes de gestion et de management des entreprises successivement dominés par le modèle du fordisme puis par celui du toyotisme, la place des femmes sur le marché du travail d’abord en net repli puis en expansion, la géographie des espaces productifs industriels ou encore l’appel aux travailleurs immigrés. Ce dernier est massif et multiforme dans les décennies d’après-guerre (nourrissant le second grand flux migratoire de l’histoire de France : 1,7 million d’étrangers en 1954, 3,4 millions en 1975) puis se tarit dans les années 1970, sous le double effet du retournement de conjoncture et de l’arrivée de classes d’âges nombreuses sur le marché du travail ; il cède alors la place à une immigration de regroupement familial.
Immigration, arrivée des rapatriés, croît naturel, exode rural et mutation de l’appareil productif : tout se conjugue pour favoriser les villes. Pour faire face, l’urbanisation est d’abord majoritairement verticale, avant de s’épandre en vastes nappes pavillonnaires — 230 000 maisons individuelles sont construites en 1977. Elle donne naissance à de nouvelles manières d’occuper le territoire et à de nouveaux paysages, comme le font aussi l’avènement des hypermarchés à partir de 1963, la modernisation des infrastructures de transport ou l’équipement des littoraux. Pour valoriser l’espace national, orienter les phénomènes qui l’affectent et établir une certaine équité spatiale, une politique d’aménagement du territoire est assurée de manière volontariste jusqu’au début des années 1970 ; c’est l’un des aspects du renforcement du rôle de l’Etat, si sensible depuis les années 1930. Si un nouveau paradigme s’affirme ensuite en matière d’aménagement, l’idée elle-même n’est pas abandonnée.
Ce nouveau rapport aux lieux est l’un des facteurs ayant modifié les choix et les modes de vie, marqués par une mutation proprement inimaginable au sortir de la guerre. Elle affecte la structure familiale, la place et la situation matérielle des plus âgés et, dans un autre registre, la consommation, le confort de l’habitat, l’équipement matériel, l’ampleur des déplacements de toute nature, etc. L’amélioration du niveau de vie des plus de 60/65 ans constitue l’un des tournants les plus nets ; à la fin du siècle, c’est au sein d’autres groupes que vit la majorité des exclus : jeunes de 15-25 ans, femmes à la tête d’une famille monoparentale…
La mutation affecte aussi le rapport de la société au religieux. Au sortir de la guerre, rares sont les régions coupées des traditions chrétiennes. Ainsi l’Eglise catholique baptise-t-elle 9 enfants sur 10 et marie-t-elle 8 couples sur 10 dans les années 1950. L’après-guerre apparaît même comme l’un des apogées du catholicisme français, ce que reflète plus tard l’intérêt suscité par Vatican II. Mais l’érosion de la place du religieux est manifeste au fil des Trente Glorieuses. Compte tenu de sa position dominante, le catholicisme est le plus touché, et la crise qui l’affecte à partir des années 1960 retentit sur tout le dispositif social, symbolique et spirituel. À la suite de ces évolutions et de nombreuses autres, le paysage religieux français contemporain apparaît contrasté et fluctuant : le judaïsme et l’islam, renouvelés par des apports migratoires, se sont donné une plus grande visibilité communautaire ; les Eglises chrétiennes, ébranlées, demeurent une instance de transmission et d’activité caritative sans beaucoup d’équivalents dans la société civile ; l’émergence de nouveaux courants spirituels ou dans un tout autre registre le succès de l’ésotérisme, de la voyance ou de l’astrologie manifestent religiosité diffuse, recherche d’équilibre et besoins de certitudes ; la modernité est soumise à un questionnement inquiet.
Autre trait majeur du second XXe siècle : la montée en puissance d’une culture de masse fondée sur le son et l’image, qui concourt à la dislocation des cultures closes (celles des terroirs et des groupes socioprofessionnels) et à l’uniformisation de la société. Caractérisée par la consommation en très grand nombre de spectacles et d’objets culturels identiques, elle se diffuse par de multiples canaux. Mais c’est avec la télévision qu’elle entretient les rapports les plus étroits : ils font de cette dernière le médium souverain de la période, même s’il est loin d’être hégémonique : en 1963 et 1964 deux tiers des 14/20 ans lisent le mensuel Salut les copains, de 1958 à 1978 la radio triple son parc. Dans ce contexte, la culture « cultivée » est l’objet d’une évolution ambiguë : nombre de ses vecteurs (enseignement secondaire et supérieur — en 1936, 2,7 % d’une classe d’âge obtient le baccalauréat pour 20 % en 1970, 36 % en 1989 et 63 % en 1995 —, livres, revues de haute vulgarisation, expositions, etc.) et de ses thématiques sont plus répandus qu’avant-guerre ; parallèlement, elle est mise en concurrence et relativisée par la critique des hiérarchies dont est porteur l’esprit de 1968. Ce contraste n’est que l’un de ceux dont témoigne l’histoire culturelle contemporaine : culture de masse mais privatisation des pratiques culturelles permise et encouragée par le progrès technologique, uniformisation mais constat au fil des enquêtes du maintien de fortes distinctions culturelles entre groupes sociaux.

Bibliographie
- Borne Dominique, Histoire de la société française depuis 1945, Armand Colin, « Cursus », 2002, 192 p., et La Société française. Années 1930-1990, La Documentation photographique, n° 7035, juin 1996.
- Eck Jean-François, Histoire de l’économie française, Armand Colin, « Cursus », 2003, 208 p.
- Fourastié Jean, Les Trente Glorieuses ou la Révolution invisible de 1946 à 1975, Hachette, « Pluriel », 2004, 288 p.
- Mendras Henri, La Seconde Révolution française 1965-1984, Gallimard, « Folio essais », 1998, 456 p.
- Rioux Jean-Pierre et Sirinelli Jean-François, Le XXe siècle, Histoire culturelle de la France, Seuil, 1998, 400 p., et La Culture de masse en France de la Belle Époque à aujourd’hui, s. d. de Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli, Fayard, 2002, 446 p.
- Azria Régine, Le Fait religieux en France, La Documentation photographique, n° 8033, [2003].
- Blanc-Chaléard Marie-Claude, Les Immigrés et la France XIXe-XXe siècle, La Documentation photographique, n° 8035, [2003].

La France dans le monde (3-4 h.)
Prolongeant les avancées notables de la IVe, la Ve République tourne la page de l’empire colonial : la longue séquence de la colonisation prend fin pour l’essentiel en 1962. S’achève en même temps le cycle guerrier ininterrompu depuis 1939. De Gaulle définit alors une voie nouvelle : celle d’un pays qui n’est pas l’une des grandes puissances, mais dont la voix importe à l’équilibre du monde, qui aspire à jouer un rôle de premier plan en Europe (et grâce à l’Europe), qui a des ambitions mondiales, en partie assises sur l’expérience née du long passé national.
Ces divers tournants permettent une plus nette affirmation des principes de la politique étrangère : l’ancrage dans le camp occidental, empreint de résistance à l’hégémonisme des Etats-Unis et d’une certaine culture de l’exceptionnalisme ; la participation à la construction européenne, non sans tension sur les objectifs ; une place de choix dans le concert des nations par la défense des acquis (comme le siège permanent au Conseil de sécurité), l’effort pour se doter des outils militaires de l’indépendance, la tentative de mener un dialogue multilatéral, le maintien d’une sphère d’influence en Afrique. Comme ces pistes sont en partie tracées dès la IVe République et qu’elles demeurent le cœur de la politique internationale des successeurs de de Gaulle — qui, comme lui, concentrent la décision en la matière —, on peut véritablement parler de constantes.
Pour importants qu’ils soient, ces domaines ne résument pas à eux seuls la place de la France dans le monde. On doit donc évoquer, sans chercher l’exhaustivité, d’autres variables, tels que la dilatation du territoire de la République à l’échelle du monde, les missions assumées par l’armée française à l’extérieur, l’espace linguistique et culturel que constitue la francophonie (institutionnalisée en 1970), et bien sûr la puissance économique, qui lui vaut sa participation au G7. Le choix de l’ouverture opéré à la fin des années 1950 n’a jamais été remis en cause, malgré une histoire heurtée de la balance commerciale : de 1959 à 1991, on comptabilise 21 soldes négatifs pour 12 soldes positifs, puis on entre avec les années 1990 dans une phase durable d’excédents. Il se traduit par un accroissement continu de la part du commerce extérieur au sein du PIB : près de 9 % en 1958, près de 15 % en 1973, 23 % en 1992. Au total, l’économie française est désormais l’une des plus extravertie du monde, tant en matière d’investissements à l’étranger et d’accueil des investissements étrangers (1er rang en 1992, 4e en 1995) qu’en matière d’exportations de marchandises et de services, pour lesquelles elle occupe au début des années 2000 respectivement les 4e et 2e rangs mondiaux. Cette internationalisation est multiforme : elle se traduit aussi par une expatriation croissante des talents, singulièrement en direction des pays anglo-saxons.

Bibliographie
- Bozo Frédéric, La Politique étrangère de la France depuis 1945, La Découverte, « Repères », 1997, 123 p.
- Dalloz Jacques, La France et le Monde depuis 1945, Armand Colin, « Cursus », 2002, 233 p.
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